Gérer les émissions de gaz en exploitation agricole

Les exploitants agricoles jouent un rôle crucial dans la gestion des émissions de gaz carbonique. Outre le CO2, le méthane et le protoxyde d’azote libérés par les terrains agricoles peuvent être séquestrés par l’agriculture elle-même. Les mesures d’atténuation incluent la couverture végétale, l’amélioration des pratiques agricoles et les énergies vertes.

L’agriculture, troisième secteur contribuant aux émissions françaises

Emissions de gaz en exploitation agricole

L’agriculture est au cœur des enjeux climatiques mondiaux, parmi lesquels figure le changement climatique qui est, lui-même, dû aux émissions de **gaz à effet de serre (GES) **. Dans le cadre de la lutte contre l’effet de serre, les cinq secteurs les plus incriminés sont le transport, l’industrie manufacturière, l’industrie chimique, le logement et l’exploitation agricole. Dans le cas de la France, le secteur primaire (agriculture, élevage, sylviculture) arrive au troisième rang dans la contribution aux émissions totales. Ainsi, en 2016, l’Hexagone a rejeté 733 MtCO2eq de GES dans l’atmosphère. Près de 21 % desdites émissions sont le fait des exploitations agricoles. Une part importante de ces émissions agricoles est due à l’élevage intensif des ruminants.
Pour plus d’informations, voir cette vidéo :

Enjeux de la réduction des émissions de gaz pour les exploitations agricoles

Si la quantité des émissions agricoles françaises montre une tendance baissière, les réductions enregistrées sont modestes par rapport à celles du transport. Enrayer le phénomène de l’effet de serre ou, du moins, en atténuer les impacts dommageables sur la santé, l’environnement et la sécurité alimentaire, tel est le but du combat. Le Gouvernement français a annoncé son objectif de réduire d’ici 2050 les émissions de gaz de 75 %. La réalisation de cet ambitieux objectif garantira l’avenir de l’agriculture française en assurant des revenus dignes et équitables aux exploitations agricoles.
En effet, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) prévoit qu’au rythme actuel de la dégradation de la couche d’ozone, la hausse de la température terrestre de 4 % sera inévitable en 2100. Si la prévision du GIEC se concrétise, l’agriculture sera le premier secteur à en souffrir : le changement climatique dérangera les systèmes agricoles, aggravera la rareté et l’insuffisance des pluies, avec à la clé une augmentation de la fréquence et de l’intensité des catastrophes naturelles.
Pour sécuriser l’avenir de l’agriculture, la réduction des émissions de gaz à effet de serre est ainsi une priorité. À travers le Paquet Energie, la France relève le défi d’abaisser son volume d’émissions de GES de 14 % dans les secteurs non couverts par les marchés de crédit carbone, dont l’agriculture.
Mais quels sont les GES les plus importants émis par l’agriculteur français ? Quelles sont les principales sources d’émission ? Et quelles sont les solutions pour gérer et contrôler efficacement les émissions de gaz d’origine agricole ?

Les GES les plus importants en agriculture

Comme indiqué précédemment, les exploitations agricoles sont responsables d’au moins 1/5 de la pollution atmosphérique de l’Hexagone. Il est important de savoir que l’effet de serre est dû à la fois aux émissions d’origine anthropique, c’est-à-dire causées par l’activité humaine, et aux émissions naturelles. L’apparition des gaz à effet de serre remonte à 1750, année du début de l’industrialisation. Il est courant de jeter la pierre sur l’industrie qui est reconnue unanimement comme la principale fautive. L’agriculture y contribue pourtant par son gaspillage énergétique qui se trouve à l’origine d’émissions de gaz très dangereux.
Le tableau ci-après présente les principaux gaz à effet de serre intervenant dans l’agriculture, l’élevage et les activités sylvicoles :

Type de gaz Symbole chimique Potentiel de réchauffement Durée de vie dans l’atmosphère (ans)
Méthane CH4 25 12
Oxyde de diazote N2O 298 150
Dioxyde de carbone CO2 1 125

Source : GIEC
À la lumière de ce tableau, l’effet de serre d’origine agricole est lié principalement aux rejets de méthane (CH4), d’oxyde de diazote (N2O) et de gaz carbonique (CO2) ** dans l’atmosphère. **L’émission des deux premiers gaz est spécifique à l’agriculture française. Le caractère nocif ou peu nocif d’un gaz en termes de réchauffement planétaire est déterminé, d’une part, par la quantité annuelle d’émissions et, d’autre part, par son potentiel de réchauffement qui renvoie à la capacité du gaz à retenir la chaleur atmosphérique. Comme l’indique le tableau, le méthane a un potentiel de réchauffement de 25, c’est-à-dire qu’une unité de méthane produit un effet de réchauffement équivalent à celui de 25 unités de CO2. L’oxyde de diazote, lui, est encore plus nocif en piégeant la chaleur 298 fois plus que le CO2. D’où l’interminable débat autour de la réduction des émissions par la production d’une énergie plus propre et non polluante.

Part du secteur agricole dans les émissions françaises de méthane, de protoxyde d’azote et de dioxyde de carbone

Le tableau qui suit indique la part des émissions de carbone, de méthane et de protoxyde d’azote par secteur d’activité en France métropolitaine :

Secteur CO2 CH4 N2O
Transport 38 % 0,22 % 4 %
Industrie de l’énergie 14 % 2 % 0,23 %
Logement 23 % 2,5 % 1,5 %
Agriculture et sylviculture 3,7 % 71 % 84 %
Industrie manufacturière 21 % 9 % 5,62 %
Traitement de déchets 0,3 % 15 % 4,65 %

Source : CETIPA
En 2017, l’agriculture française a rejeté 1,624 Mt de méthane dans l’atmosphère. Cette quantité représente près de 70 % des émissions totales, plaçant l’agriculture au premier rang des secteurs émetteurs de CH4.
L’agriculture est aussi responsable de 84 % des rejets de protoxyde d’azote qui totalisaient 0,137 Mt en 2017.
En comparant les données des émissions agricoles de CH4 et de N2O de la France avec celles des autres pays de l’Union européenne, il est clair que la France se caractérise par le poids de son agriculture dans les émissions de ces deux gaz par rapport à l’ensemble de l’économie, devançant l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Espagne.

Les sources d’émission de gaz en agriculture

Les sources de pollution atmosphérique chez les exploitations agricoles doivent être identifiées pour pouvoir mettre en œuvre des stratégies d’atténuation efficaces.

Agriculture

Pour les cultures en sol ou hors sol, les principales causes d’émission sont :
* l’épandage d’azote, lui-même dû à la mauvaise gestion du fumier et des engrais minéraux ;
* les rizières, qui rejettent des quantités significatives de méthane ;
* l’énergie utilisée par les tracteurs, les moissonneuses-batteuses et autres machines.

Élevage

Pour l’élevage de bovins et des petits ruminants, le problème vient surtout de :
* la fermentation entérique: phénomène provoqué par l’appareil digestif des ruminants ;
* les déjections animales.

Potentiel des réductions d’émissions en agriculture

Les émissions d’origine agricole sont exclues du système d’échange de quotas de carbone. Malgré cela, force est de constater que l’agriculture regorge de potentiels pour créer des puits de carbone, freiner l’effet de serre et lisser par la même occasion la courbe des charges gonflées par la consommation énergétique :
* la couverture végétale ;
* l’amélioration des pratiques de production incluant la suppression du labour, les cultures intercalaires et les prairies permanentes. Plus d’explications sur ces innovations sont fournies ici ;
* la production d’énergies renouvelables : elles sont toutes efficaces, mais ne se valent pas en termes de réduction des émissions ou de puissance de production.

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