L’énergie citoyenne : chiffres et actualités

Une démarche énergétique d’un nouveau genre apparaît en Europe à travers l’énergie citoyenne. Elle mobilise les acteurs locaux autour de la production d’énergies vertes bénéficiant à l’ensemble de la région. La mise en place des projets engage les citoyens, les collectivités de base et les banques privées.

L’énergie citoyenne réclame l’engagement et la participation

Le débat sur les méfaits des énergies fossiles agite l’Europe tout entière. L’urgence d’adopter un nouveau modèle énergétique est désormais une réalité. Au début du XXIe siècle, des actions communautaires conduites par des familles, des associations et des collectivités allaient déjà dans ce sens en ambitionnant de produire une énergie citoyenne.
Pour définir ce concept, il faut commencer par déterminer qui bénéficiera de l’unité de production énergétique et dans quel but elle est conçue. L’énergie citoyenne se distingue des projets de rénovation d’énergie en entreprise qui poursuivent un objectif de profit. Il s’agit d’un bien public exploité dans un but prioritaire de développement local. La gestion de l’énergie citoyenne ne dépend pas d’un opérateur économique. Le gestionnaire est souvent une coopérative d’énergie citoyenne à ancrage local, opérant à l’échelle d’une commune ou d’un département.

Le cas de la France : le paysage institutionnel de l’énergie citoyenne

En France, les parties prenantes de l’énergie citoyenne se regroupent au sein du réseau « Energie partagée ». Elles sont de différents profils : associations locales, entreprises, organisations professionnelles de producteurs, etc. En 2018, le réseau a recensé 232 coopératives d’énergie citoyenne éparpillées dans toute la France. À lui seul, ce chiffre traduit la forte volonté des Français à changer la donne et à réécrire leur modèle énergétique. Les projets municipaux de production d’énergie renouvelable en sont la preuve la plus flagrante
L’énergie citoyenne se matérialise le plus souvent par la mise en place d’une centrale d’énergie renouvelable. Si ce mouvement social gagne de l’ampleur dans les régions, c’est en partie suite à la raréfaction des énergies fossiles qui inquiète les Français. L’idée d’explorer des leviers de réduction des consommations en carburant, en chaleur et en électricité fait son chemin. La conscience des dangers provoqués par les émissions de gaz à effet de serre progresse. Par ailleurs, les citoyens éprouvent une large insécurité économique face à la flambée des prix de l’essence. Dans ce contexte, les projets d’énergie citoyenne naissent en foule, exprimant la volonté d’action de la société civile d’agir sur son futur.
Il convient de souligner que le découpage administratif de l’Hexagone en plusieurs communes est un point fort. En effet, les communes françaises sont dotées d’une autonomie de décision qui leur permet de piloter chaque action. Elles ont pour rôle de clarifier la règlementation, de dégager une vision commune exprimant les axes de priorité en matière d’énergie et de créer un cadre institutionnel propice à la floraison des projets d’énergie citoyenne. Les volets d’intervention des collectivités pour soutenir ces projets sont détaillés ici.

Statut juridique des projets d’énergie partagée

Tout porte à croire que l’avenir énergétique de l’Europe repose dans les mains des projets citoyens. Pour évoluer dans un cadre formel, un statut juridique clair est indispensable :
* société par actions simplifiées : composée aussi bien de particuliers que d’entreprises ;
* société d’économie mixte : la part des pouvoirs publics varie entre 41 et 85 % ;
* société coopérative d’intérêt collectif : chaque actionnaire a le même poids, peu importe le portefeuille d’actions.

Les simples citoyens peuvent prétendre à l’actionnariat dans un appel public à l’épargne.

L’énergie renouvelable, produit roi des projets d’énergie citoyenne

Image Energie citoyenne 1

L’énergie renouvelable est une thématique constante des programmes d’énergie citoyenne. Dans le cas français, le potentiel de production est particulièrement considérable. En zones rurales, les grandes toitures des bâtiments ne demandent qu’à être exploitées pour la capture d’énergie solaire. Dans les villes d’Occitanie, des Bouches-du-Rhône ou des Midi-Pyrénées, où le taux d’ensoleillement est élevé, l’installation photovoltaïque est rentable en moins de sept ans. Les centrales éoliennes suscitent aussi un intérêt grandissant, étant donné le nombre important de régions exposées au vent en France.
Les autorités françaises ne s’opposent pas aux initiatives spontanées des citoyens. Elles reconnaissent que l’énergie citoyenne est le moyen d’encourager la production et la consommation de carbone vert tout en favorisant son taux de pénétration dans les foyers. En effet, l’accès aux énergies vertes nécessite une levée de fonds considérable. Dans une commune, beaucoup de ménages à faible budget n’ont pas la possibilité de se les approprier, alors que d’autres, plus prospères, peuvent se permettre d’acquérir une éolienne ou une installation photovoltaïque pour leur propre compte. Or, la capacité de production électrique de la centrale est supérieure aux besoins familiaux. Face à ce constat, la recherche de sources de revenus motive les producteurs à investir dans un projet d’énergie citoyenne. Ils produisent leur propre énergie, mais revendent l’excédent de production aux familles environnantes.

Quelques success stories

Les premiers projets d’énergie citoyenne couronnés de réussite ont eu lieu en Allemagne. Voici quelques chiffres parlants :
* en l’espace de dix ans, le nombre de coopératives allemandes d’énergie citoyenne a été multiplié par 4 : de 150 à 600 entre 2008 et 2018. Le cap du millier est franchi à l’heure actuelle ;
* l’Allemagne doit plus de 50 % de ses ressources éoliennes aux projets énergétiques locaux ;
* l’énergie citoyenne domine les secteurs autorisant des compléments de revenu, à commencer par le secteur agricole. Dans les campagnes allemandes, beaucoup d’éleveurs font de la fourniture d’énergie leur seconde activité. Ainsi, les structures de gestion partagée représentent 42 % de la production intérieure d’énergies renouvelables.

L’exemple allemand a inspiré nombre de pays européens. Beaucoup de villes belges, danoises et françaises font figure de modèles dans la gouvernance décentralisée de l’énergie :
* à Lille, les lignes de bus public sont alimentées par des déchets recyclés ;
* dans la commune de Didier, des citoyens de bonne volonté ont fondé un conseil d’administration sur l’énergie et mis sur pied leur propre politique énergétique ;
* dans les villes du Danemark, les habitants financent de leur poche les projets d’innovation. Ainsi, un site d’éolienne peut être détenu à 100 % par des actions familiales.

Monter un projet d’énergie citoyenne

La démarche pour lancer un projet d’énergie citoyenne comprend plusieurs étapes :
* premièrement, l’étude pré-projet s’appuie sur des données solides : Quel est le bilan énergétique de la localité ? Quid des besoins locaux en énergie ? Quid des sources potentielles d’énergies vertes au niveau communal ? Pourquoi un centre éolien et non un site de collecte de déchets ? ;
* la participation citoyenne est garantie. Le projet reçoit l’approbation totale de la communauté, chacun y trouvant son bénéfice et profitant de manière équitable des biens et services découlant de l’installation ;
* la faisabilité technique et financière du projet est avérée ;
* l’unité de production est en mesure d’atteindre les résultats souhaités.

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