Comment produire de l’énergie dans une ferme agricole

Beaucoup de fermiers en France sont enthousiastes à l’idée de produire de l’énergie pour le compte de leur activité d’exploitation agricole. L’autonomie énergétique est un but recherché, tant pour des soucis de rentabilité, d’obtention d’aides financières que de réduction de l’empreinte carbone. Les alternatives aux combustibles fossiles sont variées.

Produire de l’énergie plutôt qu’en acheter : quel intérêt pour l’exploitant agricole ?

L’autonomie énergétique d’une ferme s’inscrit dans une logique de profit et d’efficacité écologique.

Baisser sa consommation d’énergie

Le marché français de l’énergie s’est profondément transformé au cours des dernières décennies. Dans le domaine de l’agriculture, la nécessité de produire de l’énergie à prix bas apparaît désormais comme une évidence. Une étude de l’ADEME estime que 6 % des charges totales supportées par les exploitations agricoles en France sont attribuables à l’énergie. Si l’estimation s’arrête aux charges variables, ce chiffre monte à 10 %, voire 25 % dans certaines filières. La hausse du prix du carburant et des gaz naturels se répercute sur le coût des énergies. Les dépenses énergétiques ont à leur tour des conséquences sur le coût de revient des produits à la ferme. Or, plus le prix de revient de la production est élevé, plus les bénéfices nets escomptés seront maigres. Une illustration de l’impact de la flambée du prix des carburants à la campagne est donnée dans cette vidéo :

Par une relation de cause à effet, la consommation d’énergie est une donnée de première importance dans le calcul de la valeur ajoutée et du revenu final réalisé par les agriculteurs. Par exemple, produire de l’énergie par la méthanisation est plus rentable qu’en acheter auprès d’un fournisseur classique. Les énergies vertes ou recyclables s’imposent comme la panacée à cette situation.

Économiser de l’énergie agricole : les filières les plus sensibles

Certaines fermes ont plus intérêt que d’autres à substituer les énergies fossiles par des énergies naturelles autoconsommées sur place. Les scientifiques se sont accordés sur un indicateur appelé « dépendance énergétique » pour mesurer ce qu’il coûte à une unité d’exploitation de recourir aux énergies externes fournies par le marché. En fait, tout dépend du domaine d’activité auquel se consacre le cultivateur ou l’éleveur. Si une culture est gourmande en eau, une autre a besoin de luminosité et de chaleur pour bien germer. Certaines plantations sont aussi plus prospères dans un sol à forte concentration de phosphore ou d’azote. Les plantes consommatrices d’eau, à l’exemple des céréales, réclament une motopompe pour l’irrigation. Les espèces horticoles, comme les fleurs, les salades ou les fraises, sont cultivées sous serre chauffée. Le transport de grandes quantités d’intrants, incluant les engrais, les pesticides ou les médicaments, est commun aux plantations à grande échelle et aux grands ranchs d’élevage ; et qui dit importation d’intrants dit dépenses en carburant.

Produire énergie exploitation agricole 1

Selon les études effectuées, les fermes à vocation maraîchère ou horticole sont les plus vulnérables à la hausse ou à la fluctuation du prix du baril. L’énergie est un poste de dépense non négligeable : entre 25 % et 40 % des coûts variables pour les horticulteurs. 1 % des agriculteurs français appartient à cette catégorie. L’implantation d’une éolienne ou d’une microméthanisation peut être une solution adéquate à leur problème.
Les fermes exploitant de vastes surfaces céréalières comme le blé, l’orge ou l’avoine, montrent elles aussi une forte dépendance énergétique. L’énergie utilisée pour les labours, les sarclages et les épandages d’engrais occupe 22 % des charges variables. Les grandes cultures sont présentes sur 29 % des exploitations françaises. Produire des énergies alternatives est intéressant comme l’installation d’une unité de méthanisation par exemple.
Les vignerons et les producteurs de fruits enregistrent une dépendance énergétique respective de 7,9 % et de 13,1 %. Environ 21 % des exploitations agricoles tricolores sont intéressées par la filière du vin. Pour parvenir à de bons résultats financiers, ces dernières ont intérêt à économiser de l’énergie en améliorant les pratiques agricoles.

Produire énergie exploitation agricole 2

Dans le secteur de l’élevage, la filière des granivores arrive en tête avec une dépendance énergétique de 19,2 %. Les besoins en énergie varient tout au long du cycle d’élevage. Par exemple, les couvoirs des poussins sont obligatoirement équipés d’un système de chauffage. Après les granivores, les filières les plus dépendantes en énergie sont la production bovine (16,2 %), ovine et caprine (14,4 %). Les fermes de production laitière ou de production de viande bovine peuvent s’en tirer à bon compte en recourant à l’énergie éolienne, connue pour être un amortisseur des coûts d’électricité. Les moulins à vent sont en mesure de produire entre 27,5 et 175 kWh par jour, ce qui est plus que suffisant pour couvrir les besoins énergétiques d’une ferme de vaches laitières à grande échelle.
L’enjeu de l’efficacité énergétique des exploitations est clarifié via cet article.

Militer pour la cause environnementale

La rentabilité n’est pas le seul point qui encourage les exploitations agricoles à opter pour le carbone vert. La conscience aiguë des émissions de gaz d’origine agricole n’y est pas étrangère. En effet, le modèle agricole actuel contribue à aggraver le changement climatique. L’agriculture dégage deux gaz à effet de serre parmi les plus néfastes en termes de potentiel de réchauffement : le méthane (CH4) et le dioxyde d’azote (N20). Il est temps de produire une énergie plus propre, plus saine et durable.

Produire de l’énergie : le diktat des énergies renouvelables

Les scientifiques sont tous du même avis : la performance énergétique de la « ferme France » passe par une vulgarisation massive des énergies renouvelables. Alors que le pétrole et ses dérivés coûtent les yeux de la tête, il existe d’autres formes d’énergie qui ont l’avantage d’être gratuites, disponibles en permanence et à volonté. Il faut avouer que la législation force un peu la main aux agriculteurs : les autorités locales octroient des dispositifs d’aide ou de crédit à charge pour que l’agriculteur se plie à l’écoconditionnalité.
Le succès d’une unité d’installation d’énergie renouvelable au sein de la ferme nécessite de remplir quelques critères :
* puissance de l’installation : trop faible, elle risque de ne pas satisfaire les besoins domestiques en énergie. Trop forte, l’appareil peut revenir très cher et mettre du temps avant de donner les premiers retours d’investissement. Face à ce dilemme, l’achat groupé d’équipement est une solution judicieuse. L’équipement est géré comme un bien communautaire, avec répartition des jours et heures d’emploi et des coûts récurrents ;
* délai d’amortissement : pour amortir rapidement un investissement matériel, il est parfois indispensable que les équipements fonctionnent à temps plein. Cela demande d’augmenter la cadence de production ;
* localisation géographique : le chef d’exploitation qui monte un site d’éolienne sur de basses plaines ou des vallées étroites commet une grave erreur. De même, les panneaux solaires sont plus efficaces si l’exploitation a élu domicile dans une ville ensoleillée et à climat chaud, en Corse par exemple.

L’exploitant agricole doit peser le pour et le contre au moment de déterminer l’offre qui correspond à ses besoins. La méthanisation est connue pour valoriser la biomasse, mais présente des inconvénients au niveau des digestats.L’exploitant agricole peut solliciter les conseils de la chambre d’agriculture la plus proche. La demande d’un devis et la comparaison des offres sont indispensables avant de s’engager.

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